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// Farida Muhammad Ali Ecouter les albums de Farida Muhammad Ali


Théâtre de la Ville, janvier 2002
© Mondomix

Théâtre de la Ville, janvier 2002


Farida Muhammad Ali Originaire de Kerbala, berceau du chiisme musulman situé au sud de l'Irak où elle est née en 1963, Farida Muhammad Ali a pu bénéficier de la coutume en vigueur dans cette région où il est admis que les femmes chantent le maqâm. Alors qu'à quatorze ans elle interprète son premier rôle en tant qu'actrice auprès des vedettes de la télévision irakienne, Farida entreprend parallèlement son voyage de recherche à travers l'art du chant. Elle étudie avec de grands maîtres comme Sha Ubi Ibrahim et Hussein Al-Athami, puis décide de se vouer entièrement au maqâm en 1986. Le maître du oud Munir Bashir l'intègre alors à son ensemble, le Iraqi Musical Heritage Group, qu'elle ne quittera qu'à sa dissolution en 1989. En 1990, la chanteuse obtient son diplôme de l'Institut d'études musicales de Bagdad et fonde le Iraqi Maqâm Ensemble avec son mari, Mohammad H. Gomar Al-Bawi, maître du jozza (petite vièle à quatre cordes dont la caisse de résonance est confectionnée à partir d'une noix de coco). Pour eux, il s'agit de poursuivre le travail entamé avec le Iraqi Musical Heritage Group, dont Mohammad Gomar a été membre durant treize ans. Leur carrière se développe d'abord dans les pays arabes puis en Europe et aux Etats Unis, Farida et son ensemble résidant en Hollande depuis 1997.
site : www.faridamaqam.com

Entretien avec François Bensignor
Traduction de Karim Shekkar

FARIDA : "La musique fait entièrement partie de ma vie. Elle remplit pour moi la même fonction que de manger et de boire. J'ai commencé la musique quand j'étais toute petite et je ne pourrais jamais quitter cet univers, notamment celui du maqâm. Aujourd'hui, je connais le maqâm assez profondément, bien plus qu'à quatorze ans quand j'ai entrepris ce voyage de recherche dans la musique, mais j'ai encore beaucoup à découvrir. Personne n'est encore parvenu à maîtriser les 55 maqâm"

"Le maqâm touche à la spiritualité. Chanter le maqâm est une expérience du même ordre que la récitation du Coran. Par analogie, d'ailleurs, les chanteurs de maqâm sont appelés "lecteurs" ou "récitants". C'est une tradition soufie. Lors de nos prestations, il est très important que nous soyons en harmonie avec l'esprit."

- D'où vient cette merveilleuse musique que vous chantez ?
FARIDA : "La tradition du maqâm irakien, qui s'est transmise de génération en génération, figure le genre musical le plus spécifique à l'Irak, le plus populaire dans le pays, mais aussi le plus rigoureux et le plus difficile d'accès. J'ai eu le privilège d'être parmi ceux qui ont étudié cette musique et qui ont contribué à la faire connaître et à la transmettre autour de moi. L'art du maqâm répond à des règles très strictes : un jeu d'échelles tonales et de modes qui permettent de passer d'une échelle à une autre et une suite de variations rythmiques qui laissent à la voix la faculté d'improviser. Mais l'improvisation n'est possible que si l'on porte une attention soutenue au mode et à l'échelle tonale dans lesquels elle se développe."

"Notre musique revêt une grande force qui s'appuie sur une tradition bien enracinée. Il existe plusieurs traditions de maqâm au Moyen Orient, notamment les traditions ottomane et persane. Ce qui distingue le maqâm irakien, c'est sa capacité à intégrer une grande diversité de modes, de tempos et de paroles. C'est quelque chose que l'on ne trouve pas dans les traditions turque et iranienne, par exemple. Et c'est ce qui donne son éloquence au maqâm irakien."

"Ce genre difficile a longtemps été monopolisé par les hommes à cause de la structure de la société arabe, qui ne permet pas aux femmes de faire autre chose que ce que la tradition veut bien accepter. Je n'adhère pas à cette façon de voir les choses. Je pense que les femmes ont le talent et le droit de présenter cette tradition sur scène et de contribuer à l'émancipation de cet héritage. L'art du maqâm est un art de louange qui concerne l'homme et la femme à travers la teneur des textes chantés. Si certains hommes estiment que le chant nécessite une voix masculine grave, je pense qu'ils ont tord : une belle voix reste une belle voix et la faculté de chanter sur deux octaves que réclame l'art du maqâm est un privilège qui n'est pas donné à tout le monde."

- Comment avez-vous pu bénéficier vous-même de l'enseignement de cette musique belle et difficile ?
FARIDA : "Au sein de cette société dominée par les hommes et qui laisse peu d'accès aux femmes, j'ai eu la chance de bénéficier d'un environnement favorable et de parents très ouverts, qui m'ont encouragée à étudier et à approfondir mes connaissances. D'un autre côté, les coutumes peuvent aussi être défiées et remises en question. Comme j'étais entièrement engagée et passionnée par ce que j'apprenais, j'ai pu choisir mon propre chemin en tant qu'artiste. J'ai été formée et encouragée par de grands maîtres de renom, comme Munir Bashir, Hussein El Hazami et Mohammad Gomar, mon mari virtuose de la vièle "jozza" et directeur artistique et l'ensemble qui m'accompagne."

"Pour moi, le fait de partager mon talent avec le public est aussi une façon d'aider les femmes à affirmer le choix de leur activité dans la société irakienne et plus généralement dans la société arabe. Ce n'est pas toujours facile, mais ce n'est pas impossible non plus. Voilà déjà quelque temps que j'exerce mon métier de chanteuse sur les scènes irakiennes, où j'ai pu participer à de grands festivals ainsi qu'à de nombreux événements touchant le grand public. Je pense que les choses vont changer progressivement dans le monde arabe"

- Vous ne vivez pas en Irak pour autant…
FARIDA : "Depuis 1997, je vis en Hollande où nous avons créé la Fondation du maqâm irakien, qui a pour objectif premier de préserver l'esprit de cette tradition, mais aussi de consolider les liens entre les Irakiens. Tous les membres de l'Ensemble ont suivi une éducation poussée et souhaitent enseigner cette musique à tous ceux qui sont intéressés par nos instruments et notre culture."

"Nous voulons profiter des tournées de l'Ensemble pour envisager ce qu'il est possible de faire et développer cette démarche de promotion culturelle, d'une part sur le plan éducatif au sein de notre propre communauté, d'autre part sur le plan artistique au sein du monde professionnel. Ainsi, nous sommes invités à nous produire au prestigieux festival de musique arabe du Caire, à Genève, au Queen Elisabeth Hall de Londres, à Dublin, comme au Théâtre de la Ville de Paris… Notre calendrier est bien rempli."






François Bensignor



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